Ce qu’il faut savoir
À moins de quinze mois de la présidentielle 2026 au Congo-Brazzaville, les organisations de la société civile affûtent leurs outils d’observation et de plaidoyer. Leur objectif avoué est d’accompagner, en toute responsabilité, l’État et la Commission électorale vers un scrutin apaisé et inclusif.
Réunis le 12 décembre 2025 à Pointe-Noire, les membres du réseau conduit par la Rencontre pour la paix et les droits de l’homme, RPDH, ont dressé un premier bilan d’un programme financé par l’Union européenne pour un environnement favorable aux ONG congolaises.
La société civile, partenaire clé du scrutin 2026
Depuis plusieurs cycles électoraux, la société civile congolaise joue un rôle de médiation entre autorités, partis et électeurs. Elle observe les listes, contrôle la transparence des bureaux et sensibilise les primo-votants, souvent en étroite coordination avec les ministères sectoriels et les collectivités locales.
À l’horizon 2026, les ONG entendent aller plus loin en contribuant à la cartographie des centres de vote et à la remontée rapide des données de participation, un travail rendu possible par le réseau Internet haut débit déployé ces dernières années grâce au partenariat public-privé.
Les acteurs associatifs reconnaissent les avancées réglementaires récentes, notamment l’ordonnance de 2024 qui simplifie les procédures d’agrément et fixe des obligations de redevabilité mutuelle entre État et organisations. Selon plusieurs dirigeants, ce texte offre une base solide pour un climat de confiance avant le vote.
Un projet soutenu par l’Union européenne
Le programme « Système de l’Union européenne pour l’environnement favorable » couvre 86 pays. Au Congo, il réunit déjà une trentaine d’ONG, dont la Commission Justice et Paix de l’archidiocèse de Pointe-Noire et cinq médias, autour d’une méthodologie de surveillance inclusive saluée par leurs partenaires institutionnels.
Durant la première année, les membres ont collecté des indicateurs sur la liberté d’association, l’accès au financement et la sécurité numérique. Ces données alimenteront un rapport national prévu début 2026, appelé à guider les décideurs et la Commission électorale.
Franck Loufoua-Bessi, chargé des programmes de la RPDH, souligne que l’objectif n’est pas de pointer du doigt, mais d’apporter « une photographie trimestrielle et constructive ». Selon lui, cette approche graduelle permet d’identifier rapidement les progrès et d’en discuter sereinement avec les autorités concernées.
Dialogue permanent avec les pouvoirs publics
La réunion de Pointe-Noire a également validé un mécanisme d’alerte précoce. En cas de tension dans une localité, des référents locaux pourront signaler l’incident et solliciter l’appui des pouvoirs publics. Cette innovation renforce le maillage territorial sans se substituer aux forces de sécurité.
Les participants ont recommandé un renforcement du partage d’expériences et une institutionnalisation du financement public des ONG. Plusieurs hauts fonctionnaires présents en observateurs ont salué la proposition et promis de transmettre le dossier aux ministères compétents pour examen avant la session budgétaire 2026.
Le ministère de l’Intérieur, tutelle des associations, insiste pour sa part sur la nécessité de sécuriser le cyberespace, afin que les plateformes de suivi citoyen ne deviennent pas des relais de fausses informations. Un comité mixte planche déjà sur une charte de bonne conduite numérique.
Pour de nombreux observateurs, cette démarche illustre la volonté du président Denis Sassou Nguesso de préserver les équilibres sociaux dans un contexte régional volatil. Il a rappelé dans son message de fin d’année que « le civisme éclairé demeure le socle du progrès ».
À retenir
Les discussions de Pointe-Noire confirment trois tendances majeures : le dialogue État-ONG s’intensifie, la technologie soutient la transparence, et le cadre légal évolue vers plus de souplesse. Ces constats nourrissent l’espoir d’une participation accrue, surtout chez les jeunes, lors de la présidentielle 2026.
Le renforcement des capacités locales reste cependant déterminant. Les acteurs souhaitent multiplier les formations au plaidoyer, à la gestion financière et à la médiation communautaire, autant de compétences susceptibles d’alimenter la dynamique de réforme voulue par les plus hautes autorités.
Que faire concrètement ?
À court terme, les organisations appellent leurs membres à documenter systématiquement toute évolution du climat local, qu’elle soit positive ou négative, puis à remonter l’information via la plateforme Map. L’administration pourra ainsi ajuster ses interventions et garantir l’égalité d’accès aux urnes.
Les électeurs sont, de leur côté, invités à vérifier dès l’ouverture de la révision annuelle s’ils figurent sur les listes, procédure désormais possible en ligne grâce au portail officiel. Un code confidentiel, envoyé par SMS, permet de signaler toute anomalie sans se déplacer.
FAQ sur l’environnement favorable
Qu’entend-on par environnement favorable ? Il s’agit d’un ensemble de garanties juridiques, financières et culturelles laissant aux organisations la liberté d’informer, de mobiliser et de contrôler l’action publique. Le Congo s’y engage depuis la réforme constitutionnelle de 2015, régulièrement mise à jour.
Qui finance le projet piloté par la RPDH ? L’Union européenne apporte le budget principal, complété par des contributions propres des ONG. Les responsables assurent que toute dépense est auditée, garantissant une transparence compatible avec la législation congolaise sur les partenariats internationaux.
Ce mécanisme va-t-il se poursuivre après 2026 ? Les parties prenantes envisagent déjà un second cycle qui intégrerait le suivi du programme présidentiel élu. Cette perspective témoigne d’une complémentarité croissante entre initiatives citoyennes et priorités gouvernementales en matière de gouvernance.


